Connexion
Close

Festival Château Perché – Château d’Ainay-le-Vieil

Festival Château Perché – Château d’Ainay-le-Vieil

Paul Herincx

Trois jours dans une forteresse pour déceler la recette magique du festival Château Perché

Depuis quelques années, Château Perché scintille comme un feu follet sur la carte française des festivals de musiques électroniques. Voyage en immersion durant sa quatrième édition les 4,5 & 6 août derniers, direction la forteresse d’Ainay-le-Vieil pour tenter de déchiffrer la formule magique de ce festival pas comme les autres.


Des lieux historiques et un ancrage géographique marqué

Les organisateurs en ont fait une marque de fabrique : à chaque édition, Château Perché investit une bâtisse classée au patrimoine pour plusieurs jours de festivités. Après Chazeron (Août 2015), Busset (Avril 2016) et Ravel (Août 2016), le festival posait cette année sa caravane dans le château fort d’Ainay-le-Vieil. Rien de moins que l’une des forteresses féodales les mieux conservées de France, surnommée le « petit Carcassonne du Berry» en référence à son enceinte fortifiée circulaire.

Faute d’avoir trouvé des châtelains auvergnats assez rock’n roll pour laisser leurs clefs à des milliers de festivaliers, l’organisation Perchépolis a dû cette année étendre ses recherches au-delà de la région Auvergne – sa terre d’attache – et s’établir pour la première fois à quelques kilomètres de la « frontière », en région Centre.

On se dit que le jeu en valait largement la chandelle en traversant le petit paradis champêtre qu’est Ainay-le-Vieil pour rejoindre le château fort se trouvant au beau milieu du village. On se demande aussi comment les habitants de ce bourg paisible vont réagir à cette mascarade technoïde, mais c’est sans compter sur les mois de travail de médiation en amont : « On a fait en sorte d’informer le plus possible et de rencontrer les habitants du village pour leur présenter le projet, les rassurer et les faire adhérer. La plupart des gens étaient partants, malgré une inquiétude du bazar que ça aurait pu provoquer, le fait qu’il se passe un gros événement proche de chez eux leur a plu. » assure Margot Giraudon de la communication du festival. Un échange payant à en croire les sourires des habitants observant les festivaliers déambuler gaiement devant leur pas de porte tout le week-end, on retrouvera même les plus enthousiastes sur le dancefloor (les habitants du village étant invités gratuitement au festival).

Une dimension visuelle envoutante


 La scénographie tient une place centrale au château. Du tunnel à LED de la « Salle des Archers », au cellier cosy aux rayons ultraviolets de la « Salle des Equipages », en passant par les cabanes aériennes du « Théâtre des Poètes », on déambule dans des décors de rêves surréalistes au fil du week-end.

Au total, sept scènes sont réparties entre les jardins et l’enceinte du château, dont deux en intérieur. Mention spéciale pour les projections lumineuses tournoyantes sur les différents pans du château pendant la nuit, objet de fascination pour de nombreux perchés reprenant des forces sur la pelouse en bord de douves.

Comme chaque année, le public a répondu en masse à l’invitation à se déguiser lancée par les organisateurs. Au rayon des « sorcelleries de mon enfance », le thème suggéré, on retrouvera une famille de Schrtroumpfs, des sorcier(e)s déluré(e)s, et d’innombrables drôles de personnages à qui l’on aurait jeté de curieux sorts. Ceux qui ont oublié leurs costumes préférés chinent des accessoires égarés par d’autres festivaliers à même le sol ou se laissent aller au body painting spontané.

Des choix de programmation aventureux

Autre particularité de Château Perché : la prog du festival dénote avec celle de ses contemporains électroniques. Ici, pas (ou plutôt très peu) de DJs qui trust le top 1000 Resident Advisor, on est loin des line-ups estivaux affichant les mêmes noms bankables.

Pas vraiment du genre à prêter attention aux nombres de followers d’un artiste avant de le booker, Château Perché puise dans son propre ADN et va piocher dans ses racines lyonnaises (une partie de l’équipe organisatrice y est basée) en laissant par exemple carte blanche à un collectif de la ville (Sidi & Co) pour la salle des Equipages, fait marcher son réseau berlinois (d’où le festival tire une grande partie de son inspiration) en invitant le collectif allemand Wuza à se charger de la scène de « l’Isle enchantée » et élargit sa curiosité jusqu’à donner les clefs d’une scène au festival chinois Ying Yang Festival. Au final, cette programmation musicale risquée apporte un vrai vent de fraicheur, tout en gardant une dimension internationale en adéquation avec le prix d’entrée (78,97€ le pass trois jours + le camping en prenant son ticket au dernier moment).

Sur le dancefloor, cela se traduit par d’innombrables surprises dont on aura du mal à retenir les noms, on se souviendra plutôt de moments magiques partagés entre danseurs bienheureux, comme ces matinées lovées dans des pépites de sets micro house ou le réveil sur fond de UK techno industrielle samedi après-midi sur la scène du camping (pour le name dropping, on pourra tout de même pointer DJ Pete et Deepbass pour nous avoir fait perdre des litres de sueur dans la « Salle des Archers » ou le Camion Bazar pour le dimanche matin enchanté en extérieur).

Des horaires de guerriers

Sur le papier, vingt-deux (de vendredi 16h à samedi 13h) + vingt-trois (de samedi 17h à dimanche 16h) heures de musique répartis sur le week-end, et la possibilité de ne jamais s’arrêter de danser avec les scènes et soundsystems présents sur le camping. Chacun construit son festival à la carte, certains optent pour les micros-siestes ou d’autres pour un gros break, mais tout le monde repart avec la plante des pieds solidifiée et l’esprit aéré. Un festivalier en a oublié sa voiture sur le parking.

Le peuple perché 

Sourires et câlins à volonté, football américain au petit matin entre voisins, chants d’anniversaire repris en cœur… De l’étudiant auvergnat qui fait son premier festival électronique au berlinois affuté, tout le monde se retrouve sur le dancefloor ou dans les espaces chill cosy et brillamment décorées, de véritables invitations au partage et à la discussion. L’ambiance est conviviale à souhait jusqu’à avoir l’impression de former une famille tout au long du week-end, en témoigne cette photo de groupe de l’amour à la sortie du festival dimanche après-midi (votre serviteur en chemise bleu, le premier qui me trouve gagne mon biberon du week-end dédicacé).

Le festival en chiffres (selon Margot Giraudon, responsable communication) :

8 mois de préparation
10 camions
15 000 litres de bière
450 bénévoles
0h de sommeil
4000 festivaleirs
120 mètres cubes de bois
1500kg d’amour pour le projet et les Perchés, répartis équitablement

Texte : Paul Herincx
Photos : Chill’Ubik (https://www.facebook.com/chillubik/), Sarah Bouffart, Blanche Clément (https://www.facebook.com/blancheclementphoto/), Timagin (https://www.facebook.com/TimaginPhoto/)