Olivier Pernot : Electro 100

Olivier Pernot : Electro 100

Olivier Pernot est journaliste indépendant, spécialiste de musique électronique, et que nous connaissons bien à Montpellier en tant qu’ « ancien » de Midi Libre.

Il a eu la bonne idée de sortir cet « électro 100 – les albums essentiels des musiques électroniques », qui propose une sélection de 100 albums ayant marqué la musique électronique.

Pertinent dans ses choix, il fait découvrir toute la richesse de ce courant, qui s’est imposé comme une révolution culturelle. Albums essentiels (Kraftwerk, Massive Attack, Masters at Work, Plastikman, Laurent Garnier, Daft Punk, Burial, Air,..) , ces choix n’en restent pas moins subjectifs; j’en aurai choisi quelques autres mais c’est là tout l’intérêt du livre : Se poser la question, faire le point sur ces 30 ans avec sa propre expérience. Ce recueil permet aux néophytes de découvrir et de comprendre ce mouvement et permet aux avertis d’apprendre pleins d’anecdotes, de faire surgir des souvenirs. Je regrette qu’il n’y ait pas de CD accompagnant le livre ou un site permettant de retrouver tous les albums car la lecture donne une furieuse envie de se replonger dans ces incontournables. Un très beau cadeau de Noël pour tous les amoureux de musique électronique.

Nous l’avons interrogé pour en savoir plus  sur ce projet :

1) Comment t’es venu l’idée de ce livre « Electro 100 » ?

Depuis six ans que je suis journaliste à Trax, je suis l’actualité des livres sur la musique électronique et je les chronique dans le magazine. J’ai donc appris à connaître les collections et les spécificités de chaque éditeur. Il faut dire qu’en France, ils ne sont qu’une poignée à être spécialisés sur les livres parlant de musique !
Le Mot et Le Reste, un éditeur basé à Marseille, développe un beau catalogue qui mélange des traductions (des biographies de Peter Hook, du batteur des Doors), des recueils de textes (Dominique A), des essais et des enquêtes sur des genres musicaux (le très bon « Free Party » de Guillaume Kosmicki). Cet éditeur réalise aussi, au fil des opportunités, un catalogue avec les albums essentiels des différents genres musicaux. Il en a publié sur le hip-hop, la new wave, le reggae, la musique africaine, etc. Il en manquait clairement un sur les musiques électroniques, alors j’ai pris mon téléphone pour appeler l’éditeur et je lui ai proposé de l’écrire. Il était enchanté car il voulait faire ce livre depuis un moment !

2) Le choix a dû être difficile dans la sélection des albums. As-tu hésité sur certains ? Regrettes-tu en quelques uns maintenant que le livre est sorti ?

Ah oui, la sélection a été difficile. Très difficile. C’était le premier challenge de cet ouvrage. En fait, il m’a fallu six mois pour établir cette liste des 100 albums et six mois pour rédiger les chroniques. J’ai pris beaucoup de temps dans la première phase du livre car j’ai réécouté beaucoup d’albums, approfondi certains que je connaissais moins.
J’avais une seule contrainte établie avec l’éditeur : un seul album par artiste. Et donc, pour certains artistes, c’est un casse-tête : quel album de Kraftwerk faut-il choisir ? Il y en a au moins cinq qui sont essentiels !
Je voulais donc que ces 100 albums couvrent l’histoire des musiques électroniques, des prémices à aujourd’hui, en naviguant entre les différents courants : les pionniers des années 1960, les grands albums de synthétiseurs planants, l’électro pop, la techno, la house, le trip-hop, la drum n’bass, l’ambient, l’electronica / l’IDM, le hardcore, etc. Il fallait aussi que le livre soit équilibré dans les différentes décennies et que les principaux labels y soient représentés, au moins par un disque.
Évidemment, j’ai eu beaucoup d’hésitation. 100 albums, c’est beaucoup et c’est peu en même temps. Il a fallu faire des choix. Mais je pense que chacun y retrouvera les albums essentiels : ce qui ne veut pas dire les « meilleurs », mais des albums marquants, et des groupes importants, qui ont apporté quelque chose. J’ai aussi voulu baliser le livre avec des albums qui ont eu un grand succès comme « Play » de Moby ou « Blue Lines » de Massive Attack. Des disques excellents et que tout le monde connait. Cela donne une porte d’entrée au livre à un public non spécialisé. De même que j’ai évité le langage de journaliste musical, parfois codé et obscur, pour une écriture plus neutre et fluide, ouverte à tous.
Ce qui n’empêche pas le livre de parler aussi d’albums plus undergrounds (« E2-E4 » de Manuel Göttsching, « Kulma » de Panasonic). Et je me suis aussi permis quelques choix plus personnels (« After Love « de Closer Musik, « Live » d’Henrik Schwarz).
Évidemment, je ne cache pas que dès que j’ai fourni la liste des 100 albums à l’éditeur et qu’il l’a validée, j’avais envie de la changer ! Mais aujourd’hui, je trouve cette sélection toujours parfaitement cohérente.

3) Ce livre m’a forcément donné envie de me poser la question : Qu’est-ce que j’aurai choisi, moi ? Est-ce que ceux qui l’ont lu ont la même réaction en général ? Ça t’énerve que chacun te livre ses choix ou ça t’intéresse ?

Je trouve ça très intéressant. Bien sûr. J’ai mis six mois à choisir les 100 albums, mais je ne détiens pas la vérité. Cette liste, c’est la mienne. Il y a des choix d’artistes relativement objectifs, comme Kraftwerk, Jeff Mills, Aphex Twin, Brian Eno ou Daft Punk. Comment concevoir une telle sélection où ils n’apparaitraient pas ? Mais cette sélection dépend aussi de mon parcours, de ma vie. Des disques que j’ai écoutés ou moins. Il y a une très bonne formule dans le document promotionnel accompagnant le livre qui dit : « Une sélection subjective de disques objectivement incontournables ». Je trouve cela assez juste. Évidemment, c’est tentant pour chacun de se prêter au jeu et d’établir sa propre liste. J’aime beaucoup ça : cela engage des discussions autour du livre. Avec un peu de mauvaise foi parfois et beaucoup de passion ! Et quand on parle de musique, la passion n’est jamais loin.

4) J’ai vu que tu étais à Marsatac et à Toulouse pour une séance de dédicace, est ce qu’on pourra te voir à Montpellier bientôt ?

Oui, j’aimerais bien. J’ai fait des présentations du livre à Marseille, à Toulouse et à Reims. Faire la même chose à Montpellier m’enchanterait. C’est quand même la ville où j’ai vécue la plus grande partie de ma vie et celle où j’ai ressenti mes premiers frissons électroniques. Sinon, je suis en train de monter des conférences sur la musique électronique, donc il y a de grandes choses que je fasse des interventions dans le Sud dans le courant de l’année, et certainement à Montpellier.